BEST OFF
Journal du Cnp
10.04 – 13.05.2002
Entretien avec Claire Jacquet

A la suite de Kimiko Yoshida et dans le cadre de la programmation "Côté jardin", Guillaume Janot présente un projet photographique intitulé "Best off", en partenariat avec la Caisse des dépôts et consignations, sur une bâche d'une longueur de quinze mètres placée sur la grille d'enceinte du Cnp, face à l'avenue de Friedland, à l'angle de la rue Balzac.

Claire Jacquet : Le choix des images que vous proposez à l'extérieur du Cnp, s'est organisé en fonction de la notion d'espace public : comment s'est organisée cette séquence et que vouliez-vous mettre en tension par rapport à ce lieu de réception ?

Guillaume Janot : Le contexte de monstration de l'œuvre, une avenue du VIIIème arrondissement de Paris, a été déterminant dans le choix des images. Ce sont des images assez consensuelles, "violemment soft" et qui, à la fois, sont assez différentes les unes des autres.
Cet éclectisme m'intéressait justement par rapport au contexte dans lequel s'inscrit l'œuvre. C'est une pièce destinée à un lieu de passage. La plupart des gens sur l'avenue, circulent, ne s'arrêtent pas. Les images qui composent cet ensemble sont ce que j'appelle des "images réflexes", lisibles rapidement, immédiatement assimilables, ayant un fort impact visuel. Dans ce sens , bien que l'ensemble ait été pensé comme un tout, chaque image peut être lue de manière autonome.

CJ : Les images rassemblées ici constituent pour vous un "Best off ", qui désignerait à la fois une proposition sélective d'images, et une confrontation de stéréotypes dont vous cherchez à questionner le statut et la valeur. La figure centrale de cette frise fonctionne comme une pierre angulaire et instaure une distance critique entre ces images.

GJ : C'est encore une fois assez lié au contexte, mais pas uniquement. Très souvent j'opte, lorsque je présente mon travail, pour des accrochages ou des associations d'images qui jouent sur des ruptures de rythme, des associations d'images qui dans la forme et le sens semblent très différentes. Cela me permet de créer un potentiel narratif, de tirer l'accrochage vers des possibilités de lectures très ouvertes. Ce n'est pas propre uniquement à l'image, mais j'aime que le spectateur puisse construire sa propre histoire. C'est un peu le rôle de la figure centrale dans cet ensemble. C'est une image en porte-à-faux qui à la fois cautionne et humanise (si j'ose dire) et fait vriller toute cette imagerie très "classe-moyenne". Ici, Il y a neuf images, les unes à la suite des autres, lisibles linéairement mais aussi séparément ou dans le désordre, au choix, un peu comme les plages sur un disque.

CJ : Dans ce projet, j'ai l'impression que vous avez voulu privilégier des photographies de nature et de paysage (un paysage de sous-bois, une route surmontée d'un arc-en-ciel, un vert pâturage, une nature morte). Quelle relecture faites-vous de ce genre et des différents genres que vous exploitez dans ton travail sans exclusivité ?

GJ : Je me méfie un peu de l'ironie. Ma culture est faite de bout de ficelles, très télévisuelle aussi. Une partie de mon travail se développe sous forme de séries, et s'apparente même parfois à l'inventaire. C'est le cas par exemple pour les paysages que l'on retrouve dans ce projet, qui apparaissent ailleurs dans mon travail et qui font partie d'un corpus beaucoup plus vaste. Ma pratique du paysage n'est pas non plus indexée à quelques particularismes géographiques entendus au sens large, mais participe plutôt d'une "géographie de l'image". C'est une manière pour moi d'aller vérifier en amont, sur le terrain, la validité ou non d'une certaine catégorie d'images que chacun peut réactiver pour soi-même lorsqu'on évoque pêle-mêle un coucher de soleil ou un paysage de montagne.

CJ : Et quels sont vos projets actuels et futurs ?

GJ : Des projets de voyage, je pars pour un périple de six mois à travers l'Europe. J'ai besoin du déplacement pour travailler. C'est une sorte d' "accélérateur de vision"...